Le retour de la langue française au Maroc vu par un Marocain

Un retour qui s’accompagne d’un recul de l’arabe

« Elle est marocaine, mais elle apprend le français pour mieux comprendre sa fille. Hakima, âgée d’une trentaine d’années, vit à Rabat, la capitale du royaume. Avec son mari, elle a choisi d’élever leur enfant en lui parlant français. Mais la fille a déjà dépassé sa mère… La situation d’Hakima et de sa fille n’a rien d’exceptionnel au Maroc. Les Marocains sont de plus en plus nombreux, surtout dans les grandes villes, à parler à leurs enfants uniquement en français. Selon un récent article paru dans le quotidien Al-Massae, il s’agit d’une nouvelle tendance. “Ces jeunes rêvent et parlent en français. Ils maîtrisent cette langue mieux que les Français”, affirme le journaliste Abdellah Damoune. L’Institut français de Rabat confirme cette évolution. Les Marocains manifestent un intérêt croissant pour les cours, surtout les garçons, explique la directrice adjointe, Muriel Augry. “C’est frappant, dit-elle. Autrefois, au Maroc, le français était une langue parlée par l’élite. Dans les cours, il était question de la tour Eiffel, de fromages et de tous les clichés qu’on peut imaginer. Maintenant, au Maroc, le français est devenu une langue pour tout le monde.” Il n’y a quasiment aucun autre pays où l’Institut français, qui compte treize établissements au Maroc, n’est autant représenté. “Depuis une dizaine d’années, tous les Marocains ont compris que le français est un outil d’ascension sociale. Pour faire carrière au Maroc, il est indispensable de maîtriser la langue de Molière”, poursuit Muriel Augry.

Cela s’explique par la complexité de la situation linguistique du pays. En réaction à la colonisation française, après 1956, quand le Maroc s’est proclamé indépendant, l’enseignement dans le pays a été arabisé. Dans les écoles primaires et secondaires, une attention croissante a été accordée à l’arabe. Or, à l’université et pour tous les emplois dans l’administration publique et les entreprises, le français restait la langue véhiculaire, du moins à l’écrit.

Par conséquent, le fait d’avoir déjà acquis dans son parcours une bonne connaissance du français était un avantage. De plus en plus de parents en ont pris conscience. “Je veux que mes enfants progressent dans la vie”, affirme Youssef Bendaoud, qui habite Kénitra, une ville située à 40 kilomètres au nord de Rabat. Sa femme et lui ont parlé en français à leurs filles dès leur naissance ; c’est donc devenu leur langue maternelle. Les filles fréquentent à présent une école française, ce qui est une véritable performance, car ces écoles sont très sélectives au Maroc.

Youssef Bendaoud souhaite que ses enfants partent ensuite faire leurs études en France. Propriétaire d’un hôtel, il en a les moyens. “Ensuite, toutes les portes leur seront ouvertes”, pense-t-il. Elles pourront rester en France si elles y trouvent un emploi ou revenir au Maroc, où elles trouveront facilement du travail grâce à leur formation. Cet engouement pour la langue de Molière a cependant un revers dont un certain nombre d’habitants commencent à s’apercevoir : la nouvelle génération de Marocains francophones connaît mal l’arabe, voire pas du tout. Au Maroc, cette langue se présente sous deux formes : l’arabe marocain, qui est la langue véhiculaire, et l’arabe classique, qu’utilisent les journaux, les magazines et la télévision. “Tant pis”, estime pour sa part Youssef Bendaoud. Ses enfants apprennent l’arabe marocain parlé chez eux par les domestiques, mais il ne voit pas l’intérêt d’apprendre l’arabe classique. D’autres parents envoient leurs enfants francophones suivre par ailleurs des cours coraniques, afin qu’ils apprennent l’arabe en étudiant les versets du Coran. Mais l’arabe reste malgré tout pour ces enfants leur deuxième langue.

Abdellah Damoune qualifie ses compatriotes francophones d’analphabètes. Youssef Bendaoud n’est pas de cet avis. Dans son hôtel viennent parfois des Marocains d’un certain âge. Ils sont très cultivés, mais, quand ils doivent remplir un formulaire en français, ils demandent de l’aide au personnel de l’hôtel. “Dans ce cas, qui sont les analphabètes ?” s’interroge-t-il. »

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3 réflexions sur “Le retour de la langue française au Maroc vu par un Marocain

  1. Apprendre le français ou toute autre langue est très important, mais après sa langue maternelle qui est l’ arabe, la langue du coran , et il faut avoir un peu de fierté en soi, car les français ne vont pas abandonner leur langue pour une autre langue surtout pas l’ arabe.Il ne faut jamais avoir honte de sa culture, ses origines et il ne faut pas oublier que les choses tourne vite et qu’ il y a quelques siècles, c’ est l’ arabe qui était la langue internationales et que nos cousins juifs apprenaient car c’ était un outil qui permettait d’ acquérir la science.Les gens qui agissent ainsi contribue à l’ extinction de leur civilisation.

  2. Je suis algérienne, je parle le Français depuis toujours en famlle. Mais en Algérie il n’y avait pas le choix. On allait à l’école « républicaine  » et donc francophone ou on n’allait pas à l’école!
    Avec la maturité, Je m’intéresse de plus en plus à ma culy=ture d’origine, la langue Arabe en fait partie et j’aspire à la maîtriser en parallèle du Français et du Berbère, Je trouvais exemplaire qu’au Maroc la langue Arabe soit aussi bien parlée par l’ensemble de la population, ça n’est pas tout à fait le cas en Algérie.
    Aujourd’hui lorsque je croise des Marocains qui parlent Français comme s’ils étaient nés en France (sans l’accent des banlieues) et que, circonstance agravante, ils ne parlent pas l’Arabe , ça me sidère et ça me désole véritablement!
    La valeur ajoutée n’existe plus puisque cette langue si artificiellement et si chèrement acquise (à coups de gros biftons;) sûrement) ne véhicule aucune culture de l’altérité, elle élude totalement la langue originelle.
    Il me semble que ces personnes sont attirées par la conotation « classe » du « parler français » et en faisant cela elles font de leurs enfants des étrangers!
    La colonisation n’a pourtant pas été aussi dure qu’en Algérie où on peut parler d’aculturation. Nous en subissons encore les affres avec ce mauvais « Franquarabe » qui se pratique chez nous. Un mode d’expression désastreux, sans charme, ni intérêt.
    Etant donné le passif de rivalité exacerbée entre le Maroc et l’Algérie, je subodore une forme de concurrence à qui mieux mieux…
    Mais quel gâchis!

  3. Il n’ y a pas lieu de faire des commentaires moralisateurs. La dernière phrase donne à réfléchir : (“Dans ce cas, qui sont les analphabètes ?”). Il faut se rendre à l’évidence que la langue arabe dite classique est agonisante même chez les arabisants qui ont dû subir la politique d’arabisation des années 70. D’ailleurs c’était une arabisation sans dessein noble : D’une part, elle a été inspirée par la crainte de la langue de Voltaire que maîtrisait les contestataires gauchistes de l’époque ; le pouvoir voulait créer une nouvelle génération coupée de cet héritage rationaliste et désinvolte ; d’autre part la pouvoir démagogue de l’époque voulait donner naissance à une génération bigote, parce que moins critique pensait-on. Il n’ y avait aucun projet de renouvellement de l’esprit conquérant de la langue arabe – d’ailleurs quel insensé croirait que l’arabe pourrait encore reconquérir le monde comme à l’époque d’Avicenne ? C’est fini ; c’était jadis ; nous avons perdu.
    Aujourd’hui, ce qui est regrettable, c’est le niveau très bas de l’arabe chez les élèves arabisés eux-mêmes. Quant à ces parents aliénés qui ne parlent à leurs enfants qu’en français, ils sont loin de faire souffler l’esprit de Voltaire dans un pays qui ne sait pas où se donner la tête. Ce qui les intéresse c’est se distancier du petit peuple qu’ils méprisent, se donner un air d’occidentalisés très branchés, et l’espoir de voir leurs enfant réussir et gagner beaucoup de fric. Voltaire ? Connaît pas ! Des sous, des sous, des sous…

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